Donner sans jamais recevoir : pourquoi on finit par se vider
On connaît toutes et tous ce moment. On a donné du temps, de l’attention, de l’énergie. Quelqu’un nous remercie, nous complimente, nous tend quelque chose en retour. Et on répond « oh, c’est rien », avant de passer très vite à la suite.
Sur le moment, ça ressemble à de la gentillesse, parfois même à de l’humilité. Sur la durée, c’est souvent l’une des raisons pour lesquelles on s’épuise sans comprendre pourquoi.
J’en parle dans le dernier épisode du podcast Manipura, en partant de ce que je traverse moi-même en ce moment. Voici ce que j’en retiens.
Pourquoi en parler maintenant
Sur le podcast, on parle beaucoup de faire moins mais mieux, de faire plus intelligemment. On y partage des outils, des pratiques, des façons d’agir. Tout ça nous met du côté du don et du faire.
Or, on vit une période où beaucoup de personnes sont appelées à s’épuiser pour les autres : pour leur travail, leur famille, leur communauté. Et dans ce mouvement, on oublie l’autre moitié de l’axe, celle qui recharge : la réception.
Je fais ce métier depuis six ans. Les formations ont fait leurs preuves, des praticiens se sont lancés, et je reçois chaque semaine des messages de remerciement de consultantes. J’ai de quoi être remplie. Et pourtant, je me retrouve aujourd’hui dans un état d’épuisement, avec du mal à voir la valeur de ce que je transmets. Ce paradoxe m’a obligée à regarder la question de près.
Le panier percé : donner sans jamais se remplir
L’image qui me vient pour décrire ce mécanisme, c’est celle du panier percé.
On donne de sa personne au quotidien. On met en place, on organise, on accompagne, on fait. Mais on ne se met jamais en posture de réception. Alors même quand quelque chose revient à nous, le fond du panier ne retient rien.
Concrètement, ça donne :
- une fatigue qui s’installe malgré les signes de reconnaissance
- une impression de ne jamais être assez, même quand les retours sont bons
- parfois de l’amertume (« je donne, je donne, et je ne reçois jamais »), alors qu’une partie du problème vient de notre difficulté à accueillir
- à la longue, des effets dans le corps : épuisement, tensions, et plus encore si on laisse la situation se déposer
On pense souvent qu’on se vide parce qu’on donne trop. En réalité, on se vide surtout parce qu’on ne se laisse pas remplir.
Le comble de l’énergéticien
Pour les praticiens, il existe une version particulière de ce piège, que j’appelle le comble de l’énergéticien.
En soin, on est canal. On reçoit l’information et on la transmet, entre la source et le corps de la personne accompagnée. Normalement, ce canal se veut le plus neutre possible, dans des énergies d’amour et de soutien.
La conséquence, c’est qu’on ne peut pas s’attribuer les mérites d’un soin. Quand il y a une grosse libération ou une guérison, ce n’est pas nous qui la faisons : ça se fait à travers nous. On peut prendre le mérite d’être un bon accompagnant (et ça demande de l’énergie), mais pas du process lui-même.
Le problème apparaît quand on applique cette logique à toute sa vie. C’est ce que j’ai fait. Pendant six ans, je n’ai pris aucun mérite de ce que je partage. Quand on me complimente, ça me passe au-dessus, parce que je considère que le compliment parle de la personne, de ce qu’elle aime, de ce qui l’a touchée.
Vu de l’extérieur, on pourrait saluer une belle humilité. Vu de l’intérieur, c’est une plante qu’on n’arrose plus.
Et si vous n’êtes pas énergéticien, le mécanisme reste le même : ce sont toutes ces choses pour lesquelles on ne se donne aucun crédit, et donc aucun droit de recevoir en échange du temps, de l’attention et des efforts donnés.
Pourquoi on se ferme à la réception
La fermeture est rarement consciente. Elle peut venir de plusieurs endroits :
- Une humilité apprise. « C’est normal, c’est mon rôle. » Par exemple, en tant que maman, on considère que donner du temps à ses enfants va de soi, et que rien ne doit revenir.
- Un conditionnement. On ne nous a tout simplement jamais appris à recevoir. Chez beaucoup de femmes, s’y ajoute l’idée que notre place est de donner et de rendre service.
- Le sentiment de ne pas mériter. « Ce n’est pas pour moi, je peux faire sans. »
- L’excès de don de soi. On préfère le faire, parce que recevoir nous met mal à l’aise.
- L’ego spirituel. On se ferme parce qu’on pense déjà savoir, et qu’on n’a plus rien à recevoir de l’autre.
- Des blessures plus anciennes. Recevoir demande de lâcher prise, et lâcher prise demande de se sentir en sécurité. Quand des protections ont été construites pour survivre, s’ouvrir n’a rien d’évident.
Recevoir ne veut pas dire laisser entrer tout le monde, cœur ouvert et portes battantes. On n’a pas à devenir poreux aux énergies des autres. Par exemple, je n’aime pas recevoir de massages, alors que beaucoup de mes amies adorent ça. Il y a là un travail à faire pour moi, sans doute, mais la réception reste un choix conscient, pas une obligation d’ouverture totale.
Recevoir est un acte actif
On associe souvent la réception à une énergie yin, et le yin à quelque chose de passif. C’est une confusion.
Recevoir et intégrer demandent de la présence et une action. Si on n’arrive pas à recevoir, c’est qu’on n’est pas actif dans sa réception : on n’y met pas de conscience, on ne l’accepte pas.
C’est aussi vrai sur le plan énergétique. On apprend à se laisser traverser par l’énergie, et c’est très bien. Mais à quel moment on l’intègre ? Vous avez compris un concept, avec le mental ou plus profondément : prenez-vous un moment pour laisser cette compréhension s’installer ? On vous a dit une parole bienveillante : la laissez-vous vraiment entrer ?
Quand la peur d’être un poids nous isole
Il y a quelque temps, j’ai animé un atelier avec les nouvelles élèves de la 7e édition de la formation énergétique pour leur transmettre la routine énergétique que j’enseigne depuis des années.
Dans cette routine, il y a un temps de purification, où l’on dépose à la terre ou au ciel ce dont on veut se décharger. Après l’exercice, deux ou trois élèves sont venues me voir, un peu gênées. Elles n’étaient pas à l’aise à l’idée de « donner leurs déchets » à la Terre, qui a déjà assez à faire.
Cette gêne révèle deux choses.
La première, c’est l’idée que ce qui est négatif pour nous l’est forcément pour le monde. Or ce qui est dense pour nous ne l’est pas forcément pour un autre environnement. Une énergie de peur, par exemple, peut nourrir des réflexions, des apprentissages, la mémoire collective. Ce qu’on libère est transmuté, processé autrement.
La seconde, c’est une forme de séparation : il y aurait moi d’un côté, et l’univers de l’autre, à qui j’impose quelque chose. Alors que tout est relié, et qu’on apprend les uns des autres dans cette toile interconnectée. D’ailleurs, la routine se termine par un temps de gratitude, où c’est nous qui donnons à la Terre et au ciel. On est toujours dans un échange, une continuité.
Derrière tout ça, on retrouve une peur que je vois souvent chez les femmes, moi la première : celle d’être un poids, d’envahir l’autre de son énergie, d’être trop. La terre nous apprend justement à nous laisser soutenir.
Je l’ai vécu lors d’une retraite en Dordogne. À tour de rôle, une femme s’allongeait au centre du groupe pendant que les autres lui offraient toute leur attention : massages, mains posées, présence. Pour beaucoup, ça ouvrait des émotions, des larmes, quelque chose qui lâchait. Quand mon tour est venu, il ne s’est rien passé de visible, et j’ai senti une forme de déception dans le groupe.
Pleurer n’était pas un objectif en soi. Mais en gardant une barrière, je me suis coupée du lien de sororité qu’on avait créé ensemble. C’est souvent là que se trouve le vrai coût de la non-réception : l’isolement.
Rester curieux, même quand on croit savoir
La réception ne concerne pas que les compliments ou les attentions. Elle concerne aussi l’apprentissage.
Je suis en ce moment une formation énergétique sur des sujets où je veux gagner en solidité, auprès d’une personne dont c’est la spécialité. Au début, en tant que formatrice avec des années d’expérience, j’ai eu une réaction très égotique : le niveau me semblait débutant, et je me suis dit que je n’avais rien à y apprendre.
C’était de l’ego spirituel, clairement. Et c’est pourtant le conseil que je donne moi-même à mes élèves : si vous connaissez déjà, restez curieux. Une autre façon d’enseigner, un autre angle, une autre manière d’appréhender les mêmes bases peuvent nourrir énormément, à condition de ne pas fermer les écoutilles.
Ce que le Tarot nous enseigne sur la réception
Deux arcanes du Tarot de Marseille parlent très bien de ce sujet.
La Maison Dieu. On y voit une tour que l’on érige pour toucher le ciel : l’envie de faire, de construire, de s’élever à tout prix. Puis la foudre divine frappe, et la tour s’effondre. Les personnages se retrouvent les mains à terre et les pieds en l’air.
Les mains, ce sont ce qu’on crée dans le monde : elles sont neutralisées, ramenées à la terre nourricière. Les pieds en l’air, on ne peut plus avancer. On n’a plus le choix que de recevoir.
Un détail m’intéresse particulièrement : la couronne se détache du haut de la tour, qui devient alors un creux, un réceptacle, que la foudre vient remplir. Quand on a trop donné, trop érigé, trop suivi l’ego ou les objectifs, la vie nous remet parfois en posture de réception, de façon abrupte. Pas pour nous punir, mais pour nous rappeler qu’on n’est pas maître de tout.
L’As de Coupe. C’est le réceptacle du Tarot, la porte d’entrée de la série des Coupes, liée à l’émotionnel et au rapport au divin. Il nous rappelle qu’on doit accepter de recevoir nos émotions et les énergies pour pouvoir les processer. On ne peut pas digérer une émotion sans l’accueillir. Et on ne peut pas évoluer sur le plan de l’âme sans se laisser traverser.
Un exercice pour cette semaine
Deux options, selon où vous en êtes.
- Si quelque chose vous vient en tête (un compliment, une aide, une possibilité, une énergie que vous laissez de côté), prenez un moment pour vous poser avec. Regardez comment vous pourriez l’accueillir dans votre être, et ce qui bloque. Faites-le avec beaucoup de bienveillance envers vous-même.
- Si rien d’évident n’apparaît, devenez simplement observateur de tout ce qui vous est offert dans votre environnement, et créez un vrai moment pour l’accueillir.
Et si vous avez l’impression que rien ne revient vers vous, élargissez encore votre regard pour voir les cadeaux moins visibles. Si vraiment il n’y en a aucun, c’est peut-être le signe qu’il y a quelque chose à changer dans cet environnement.
En résumé
- On ne peut pas rester en permanence dans le don : l’axe donner-recevoir a besoin de ses deux pôles.
- Refuser de recevoir crée un panier percé qui mène à l’épuisement et à l’isolement.
- Recevoir est un acte actif, qui demande présence, conscience et un minimum de sécurité intérieure.
- On a le droit de se recharger pour soi, et pas seulement pour pouvoir redonner ensuite.
- On peut aussi recevoir de soi-même.
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Je suis Amba, énergéticienne, formatrice en énergétique, en cartomancie, et en médiumnité. J’accompagne depuis plusieurs années celles et ceux qui veulent intégrer la spiritualité dans leur vie, à travers mes formations professionnelles, mes accompagnements individuels et ce podcast qui rassemble aujourd’hui des centaines de contenus disponibles gratuitement !
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