Les phénomènes de Déréalisation et de Dépersonnalisation

#64 Les phénomènes de Déréalisation et de Dépersonnalisation

Avez-vous déjà eu la sensation d’être en dehors de la réalité ? Comme si vous viviez derrière une vitre, absent de votre propre vie ? Aujourd’hui nous décryptons ensemble les phénomènes de déréalisation et de dépersonnalisation. Des troubles paniques encore peu connus qui pourtant concernent nombreux d’entre nous. Dans cet épisode, nous allons voir ce qu’est la déréalisation et la dépersonnalisation, comment on les vit, mais aussi et surtout comment s’en sortir et enfin revenir à la réalité. 

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Source importante de l’épisode : la chaîne Youtube de PsykoCouac !

Cette retranscription est automatiquement tirée de l’audio et peut retranscrire quelques fautes de syntaxe :

 

1. Mise en situation

Pour entrer dans cet épisode, je vous propose une mise en situation.

Vous ouvrez les yeux le matin et la première chose qui vous saisis c’est l’impression de ne pas être vraiment réveillé. Vous regardez autour de vous, vous savez fondamentalement où vous êtes, mais tout vous semble étranger, irréel. La sensation que vous avez, et qui va vous suivre toute la journée, c’est comme si vous regardiez votre environnement derrière une glace. Vous êtes derrière un écran et la vie, les pièces de votre maison, les gens, défilent derrière cet écran. Vous sentez cette distance entre vous et le monde. Quand vous touchez quelque chose, vous le sentez, mais ça ne le rend pas réel pour autant. Vous avez la sensation de quelque chose de vide, d’inexistant, entre vos mains.

Vous allez à l’école, au travail. Vous flottez à travers les lieux mais vous n’en faites pas réellement parti. Quand les gens vous parlent, vous les entendez de loin. Leurs mots paraissent étouffés. Ils ne font pas sens. Quand vous leur répondez, vous n’êtes même pas sûr que c’est bien vous qui répondez.

Quand vous vous regardez dans le miroir, vous savez que c’est fondamentalement vous. Mais vous ne vous reconnaissez pas. Vous avez l’impression d’être dans un corps inanimé ou un corps qui vous est complètement étranger. Mais vous en avez conscience. Et c’est là le problème.

Vous avez parfaitement conscience de cette distorsion de la réalité. Mais le fait d’en avoir conscience et que ce soit quand même là, cela vous donne un sentiment d’impuissance immense qui vous éloigne encore un peu plus de ce monte derrière votre vitre.

La seule chose que vous attendez avec impatience, c’est d’aller dormir. Pas le moment juste avant où vous êtes face à vous-même et qui reste le pire de tout. Mais l’instant du sommeil, où vous n’êtes pas conscient du cauchemar qui vous attend une fois éveillé. Une fois réveillé, la même boucle recommence. La sensation d’être coincé dans un rêve sans fin. Jusqu’à même douter que vous n’êtes pas dans un rêve depuis tout ce temps. Vous vous sentez dans le néant, en train de jouer à la poupée avec votre corps. Ce n’est même pas une vision à la 3e personne que vous avez de vous-même, non. Vous êtes dans votre corps et vous vous y sentez coincé. Coincé aussi dans l’univers qui vous entoure. Comme une dimension parallèle. Vous vous sentez ni mort ni vivant. Vous ressentez plus d’émotion si ce n’est l’angoisse. Et vous avez juste envie que ça s’arrête.

Ce phénomène je l’ai vécu pendant deux ans. Deux longues années. Deux très longues années. Ça a été un cauchemar très clairement, mais avec le recul c’est aussi ce qui m’a permise de m’intéresser à l’inconscient et à la perception de la réalité, donc un premier pas sur mon cheminement.

À l’époque et encore maintenant, c’est un phénomène qui n’est vraiment pas connu. Sur lequel on a pas beaucoup de données et dont les professionnels de santé ne sont pas vraiment informés. A tel point qu’à l’époque, déjà je ne savais même pas ce que c’était, mais en plus j’ai dû m’en sortir seule parce que personne autour n’aurait pu me dire ce que c’était.

Je vais vous expliquer comment je m’en suis sortie toute seule à tout hasard de ces deux ans d’enfer (je pourrai pas mettre des mots pour expliquer à quel point c’était horrible). Mais encore aujourd’hui, je n’arrive plus à mettre des lunettes de vue normal (alors qu’il le faudrait, type myope ) parce qu’à cette période et encore maintenant, j’ai l’impression d’être de nouveau derrière ce cadre, cette vitre, qui me coupe du monde (oui ça va loin !). Pareil, je ne peux plus me regarder fixement dans les yeux dans un miroir trop longtemps sinon ça me réveille cette sensation de dépersonnalisation. Je vais vous expliquer en quoi ça consiste juste après exactement.

Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas très film et série, pas du tout même. J’ai une culture cinématographique assez terrible. Parce que quand je regarde un film trop longtemps, je suis tellement plongée dans l’univers que j’ai du mal à revenir à la réalité et ça me re-pop ce sentiment que j’avais dans le phénomène de déréalisation.

J’avais vu une vidéo d’une personne qui avait souffert de DR et qui disait que le seul moment où elle se sentait apaisée, c’était dans le train en regardant le paysage défiler. Ma petite hypothèse là dessus c’est parce que le paysage qui défile à travers la fenêtre c’est comme cet écran interne et ça le confortait peut-être dans sa réalité dissociée.

Et si vous vous demandez si c’est quelque chose que vous avez, croyez moi, vous le savez. Ça peut arriver que ce soit une sensation furtive, quelque chose d’anecdotique, quelque chose de ponctuel. Mais si c’est un phénomène installé, croyez moi vous le savez. Vous le ressentez H24 sans répit. Le seul répit, c’est de s’occuper. Et aujourd’hui encore je lutte contre ma proportion à trop travailler, parce que je sais que c’est un mécanisme de protection que j’ai installé par peur de revivre le phénomène de déréalisation de nouveau.

 

2. Comprendre le phénomène

Alors maintenant que vous avez bien le contexte, qu’est ce que c’est exactement ?

La déréalisation – être étranger au monde.

Les premières caractéristiques de la déréalisation est d’avoir l’impression de vivre dans un rêve. Le monde tout autour semble flou, voir carrément distant, d’où cette sensation de voile devant les yeux. L’impression de traîner son corps sans vraiment en avoir le contrôle. Comme si notre âme flottait à l’intérieur de nous-même. Il faut une énergie folle pour se persuader de la réalité. Se prouver à soi-même que ce qu’on ressent est un vrai ressenti car l’esprit remet tout en question.

C’est un phénomène qui est très courant. Parce que c’est un des symptômes, un effet secondaire face à un stress, comme le serait un coeur qui bat plus vite ou des sueurs froides. Le problème c’est quand la sensation anecdotique devient une sensation installée sur une longue durée. Comme tous les symptômes au final. Et le stress engendré par le le fait de déréaliser va alimenter le phénomène vu que c’est un effet secondaire du stress (bonheur !).

La DR va rendre stressantes des situations qui avant de l’étaient pas. Parce qu’on a expérimenté la DR à cause d’un stress, on va engendrer un nouveau stress parce qu’on a expérimenté la DR à cet endroit, dans cette situation, etc … Cela fait que même des endroits neutres deviennent aussi stressants qu’un endroit qui était associé au stress source.

À savoir que ce qui caractérise la DR d’un trouble délirant comme le serait la schizophrénie par exemple, c’est que la personne est complètement consciente de ce qui se passe et du côté irréel de la chose.

Et il y a très peu de recherches faites donc on n’est pas vraiment sûr du pourquoi ça se manifeste.

La première hypothèse c’est que ça agirait comme un anesthésiant. C’est à dire que le corps fait en sorte de se dissocier de la source de stress pour qu’on n’y soit moins sensible. Mais cette hypothèse tombe à l’eau quand on prend en considération tout le stress supplémentaire amené par la DR.

Du coup ce serait plutôt l’idée que la DR agit en nous faisant prendre de la distance face à nos émotions et à ce qui se présente à nous. Pour qu’on est plus de temps, de recul, pour faire face à la situation. En somme on change de perception pour “trouver des solutions”. Vous l’aurez compris, ça marche pas trop. C’est comme de la tachycardie, au départ ça part du bon sentiment de booster notre système sympathique pour activer les mécanismes de survie du corps. Mais si c’est récurent, on perd ce bénéfice premier parce qu’on fatigue le corps qui reste en mode sympathique.

La dépersonnalisation – être étranger à son corps.

La dépersonnalisation découle de la déréalisation. Ce sont des phénomènes vraiment co dépendants. Quand vous dépersonnalisez, forcément vous déréalisez. C’est le fait d’avoir l’impression de ne pas être présent et d’être détaché de son corps. On a l’impression de ne plus être celui qui commande les actions au cerveau. Comme si on observait notre pilote automatique vivre à notre place. On se regarde comme on regarderait une machine. On est conscient de ce qu’on fait mais on ressent une distanciation face à nos actions.

 

3. S’en sortir

Une fois que l’on sait tout ça, comment s’en sortir ?

Déjà il faut bien comprendre que l’origine de la déréalisation et la dépersonnalisation sont dû à un stress. Le tout ça va être de résoudre l’origine du stress. Parfois ce stress est dû à une dépression ou un syndrome post traumatique, ou d’autres troubles qui demanderont un suivi adapté. Mais souvent c’est un stress initial qui est alimenté par la DR.

La personne déréalise en boucle parce qu’elle est dans un état de panique constant. Pour comprendre vous avez :

  • un stress initial
  • puis un symptôme du stress : ici la DR voit la DP qui se manifeste
  • et la personne panique face à ce symptôme “je deviens fou”, “qu’est ce qui m’arrive”, “je vais disparaitre”, “je ne contrôle plus mon corps”, etc …
  • l’état de panique augmente l’état de stress qui s’étend à bien d’autres situations que la situation initiale, des situations qui normalement n’étaient pas cause de stress

Sans parler du fait que la personne, en cherchant à fuir cet état, rajoute de la panique et renforce donc l’état.

Il n’y a pas de traitement à proprement parler pour calmer la DR et la DP. D’ailleurs les médicaments ont tendance à créer une distanciation encore plus forte qui peut au final affoler la personne plus qu’autre chose.

Là où on va pouvoir agir, c’est sur la panique et l’emballement psychique autour de la DR. Et honnêtement, sans le savoir et sans connaître toutes ces données, c’est inconsciemment ce que j’ai fait à l’époque pour m’en extirper.

Je me suis convaincue que tout le monde ressentait ça et qu’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter, que c’était normal. Et c’est à partir du moment où je me suis convaincue de ça (ce qui était évidemment faux) que j’ai cassé la distanciation que mon psychisme avait créé. “Je ne suis plus séparée du monde vue que tout le monde ressent ça”. Et même si c’était faux, me persuader de ça à participer à calmer l’état de panique et donc à calmer la DR et la DP.

Donc quand la DR est installée depuis longtemps, c’est la dédramatisation de l’état qui va aider à calmer le stress associé et donc calmer le symptôme qui est la DR. C’est aussi simple que ça, même si on a l’impression que c’est pas si facile. C’est casser l’idée que ce qu’on vit est un état extrême et permanent en le ramenant à ce qui l’est : un symptôme qui est voué à passer si on traite le stress associé et si on lui fait face (car pour rappel la fuite alimente le symptôme). Dans le cas où le stress est présent depuis longtemps, il est conseillé de se faire aider par un professionnel pour se confronter petit à petit et de manière adaptée aux situations causant le stress.

À présent je suis capable d’arrêter le phénomène de DR et de DP en le stoppant dès que je vois qu’il se manifeste. En évitant le sur emballement, en dédramatisant, en étant neutre et en observant juste le phénomène comme ce qu’il vient annoncer : une réaction au stress. En évitant l’emballement, il ne s’installe pas.

Quand la DR et la DP sont installés depuis longtemps, ce qui va aider aussi c’est de faire des activités qui ramènent dans le concret : du sport, des sorties, tout ce qui peut ancrer au final.

Se reconnecter au corps. Vivre en pleine conscience le phénomène et juste observer ce qu’il est sans l’interpréter ou s’affoler outre mesure.

  • Mettez de la conscience dans vos actions : remarquez votre respiration, vos gestes…
  • Observez votre corps : ses mouvements, les tensions ou crispations, les sensations.
  • mais surtout en parallèle, agir sur ce qui alimente le stress.

Conclusion

Merci d’avoir écouter cet épisode jusqu’au bout

Pour résumer, les phénomènes de DR et de DP sont des troubles paniques qui se manifestent suite à un stress. Ce sont des symptômes d’un stress. Pour agir sur une DR installée, il faut agir sur la source du stress, et sur l’emballement qu’on peut avoir face à la situation. C’est la peur de la DR qui l’empire. Ne pas être dans l’évitement, ne pas dramatiser pour ne pas généraliser le phénomène à d’autres situations. Evidemment n’hésitez pas à vous faire accompagner. L’isolement ne fera qu’alimenter la dissociation et vous faire paniquer encore plus. Mais on s’en sort. Et on l’appréhende plus facilement une fois qu’on comprend que c’est un effet secondaire de stress. On est pas fou. On est pas en train de disparaître ou de perdre la raison. On est juste dans un état de stress.

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