L’Ego : le mal aimé de la spiritualité ?

En empruntant la voie de quelconque pratique spirituelle, vous entendrez souvent que l’affranchissement de l’ego est un cap nécessaire à passer pour trouver la félicité de votre Vous véritable. Mais pourquoi vouloir se débarrasser de l’ego ? Qu’en est-il et pourquoi serait-il dans nos pattes si le but est de nous en défaire ? Est-il réellement un ennemi à combattre ?

Dans cet article, et appuyés par le fabuleux livre L’Art et la Manière d’Être Soi de Malory Malmasson, nous allons faire connaissance avec le mal aimé de la spiritualité. Attention, cet article ne retranscrit pas le merveilleux travail de l’auteure, il ne fait que le survoler. Je vous conseille donc vivement la lecture de cet ouvrage pour approfondir le sujet. 

SOMMAIRE

1.Définition de l’ego

2. Comprendre l’ego

  • Ses rôles
  • Ses besoins
  • Les peurs de l’ego
  • L’apparition des blessures

3. Mécanisme de l’ego

  • Les stratagèmes
  • Les masques
  • Les excès

4. Conclusion

1. DÉFINITION

Avant toute chose, définissons l’ego dont nous parlons ici. Non pas l’ego dans le sens vaniteux du terme, exemple  ‘il a tellement d’ego !’. Mais l’ego comme étant la représentation du Moi individuel, le moi en tant que personne. Mon Ego = mon identification en tant que personne.

En yoga, on assimile cette notion d’ego au terme sanskrit Ahankara.

Alors pourquoi diable sommes-nous affublés d’un ego nous donnant l’illusion d’être un être individuel alors que nous sommes venus dans cette incarnation pour comprendre l’Unité ? Quel est son rôle ?

Extrait (retravaillé) de mon article ‘Les faux amis valeur et ego

L’ego est l’expression de notre individualisme, du ‘Moi je’. C’est un processus par lequel notre incarnation s’illusionne d’un principe d’individualité, avec comme besoin celui d’exister. Il n’est donc pas nécessairement un ennemi à combattre, son but majeur étant de nous permettre de nous affirmer en tant qu’être. […] Cela par donc d’un bon sentiment, me diriez-vous. Le problème, c’est ce que l’ego est très souvent générateur de notre propre souffrance.

 

2. COMPRENDRE l’EGO

2.1 Ses rôles

L’ego, pour faire l’expérience de lui-même, a besoin de se prouver qu’il existe. Son but premier est donc d’assurer notre existence. Car sans nous l’ego meurt, et sans lui notre incarnation est elle aussi compromise (mais pas notre être véritable !).

1. L’ego permet donc notre survie en cherchant à combler nos besoins primitifs. Car en existant comme un individu à part entière, nous nous soumettons à nos instincts primaires (se nourrir, être en sécurité, se reproduire, …). 

2. L’ego cherche aussi à prouver la légitimité de notre existence, à lui donner un sens. L’Homme est une créature sociale dotée d’une conscience développée. L’ego cherche à combler nos besoins de reconnaissance, d’acceptation, de valorisation par nos paires, toujours dans le but d’assurer notre survie. D’une part pour donner un sens à notre existence, d’autre part pour s’assurer que les autres combleront nos besoins.

2.2 SES BESOINS

Malory Malmasson partage en six les besoins liés à l’ego : 

  • les besoins physiologiques : manger, dormir, se reproduire, …
  • le besoin de sécurité : être en lieu sûr, être protégé.
  • le besoin d’amour : énergie vitale tant elle répond à notre vibration véritable qui n’est que amour. Malmasson donne l’exemple d’une expérience faite sur des bébés, où seuls les besoins physiologiques de ces derniers avaient été comblés depuis la naissance. Les bébés périrent rapidement par manque d’amour et de contact. (plus d’infos ici, ou ).
  • le besoin d’acceptation : faire partie ou être intégré à un groupe, nous permet de nous sentir connecté et accepté par nos paires. Là aussi Malmasson écrit cet exemple intéressant : 

« L’amour et l’acceptation nous ramènent inconsciemment au stade embryonnaire et fœtal. À ce stade, notre mère répondait à nos besoins physiologiques avant même de s’occuper des siens. Nous nous sentions en sécurité, puisque dans la matrice maternelle, nous étions isolés dans une bulle dans laquelle rien ne semblait pouvoir nous arriver. Nous nous sentions aussi acceptés, puisque le corps maternel acceptait que la cellule embryonnaire se développe dans l’utérus. Cela eut été impossible si le corps nous avait rejetés. Enfin, nous nous sentions aimés, puisque nous évoluions et croissions dans un cocon où nous étions nourris et protégés. Nous pouvons aussi souligner l’attachement du bébé à la maman par le biais du cordon ombilical. Ce dernier a pour fonction d’assurer l’échange entre notre mère et notre organisme, afin de répondre à nos besoins vitaux. L’inconscient nourrit donc la croyance qu’en étant attachés, reliés et dépendants des autres, nous pouvons exister et survivre. C’est la raison pour laquelle nous recherchons tous inconsciemment à nous reconnecter à cette bulle privilégiée que nous avons connue lors de la période de gestation. Pour aller plus loin, en nous reliant aux autres, nous recherchons inconsciemment cet état de fusion originelle. »

L’art et la manière d’être soi, Malory Malmasson, page 21

 

  • le besoin de valorisation : nous cherchons à être estimé par autrui, car en étant estimable, nous remplissons non seulement notre besoin d’être aimé et accepté, mais nous tentons également, de manière intrinsèque, à nous rappeler le caractère sacré de notre existence, et à nous conforter que cette dernière apporte une plus-valu à ce monde. Nous cherchons à prouver la valeur de notre existence.
  • le besoin de reconnaissance : nous cherchons à prouver l’utilité de notre existence, à reconnaître la divinité de notre être, et donc notre légitimité d’exister, à travers autrui, de par nos actions ou notre parcours de vie.

À noter que les besoins secondaires tels que le besoin de valorisation ou de reconnaissance n’auront que peu d’importance si les besoins physiologiques ou de sécurité ne sont pas comblés de prime abord.

Ces besoins sont fondamentaux pour assurer notre survie physique et psychique. Nous sentir aimé, accepté, en sécurité, etc … est une base nécessaire pour pouvoir évoluer spirituellement par la suite. 

2.3 LES PEURS DE L’EGO

De ces besoins de l’ego découlent ses principales peurs :

  • la peur de mourir et/ou de manquer (besoin physiologique)
  • la peur d’être menacé (besoin de sécurité)
  • la peur d’être mal aimé (besoin d’amour)
  • la peur d’être renié, rejeté (besoin d’acceptation)
  • la peur d’être négligé, détesté par les autres (besoin de valorisation)
  • la peur d’être humiliés, critiqués (besoin de reconnaissance)

D’autres peurs secondaires sont à souligner tant elles entretiennent les mécanismes de l’ego :

  • la peur du jugement : fait que nous craignons de changer notre comportement de peur que notre valeur soit remise en question par autrui. 
  • la peur du changement : qui peut mettre à mal notre sentiment de sécurité, d’aller au-delà de notre zone de confort.

 

2.4 L’APPARITION DES BLESSURES

Depuis nos premiers jours dans le ventre de notre mère, et durant notre enfance, nous avons été habitué à ce qu’autrui répondent à nos besoins primaires afin d’assurer notre survie. En grandissant, nous gardons ce réflexe d’attendre que les autres comblent nos besoins à notre place. 

L’ego agira sur notre plan mental, émotionnel et physique, en créant des croyances, des peurs, des réactions automatiques, dans le seul et unique but que nos besoins soient satisfaits, et pour nous éviter les peurs qui y sont liées.

Lorsque l’un de nos besoins n’est pas comblé, cela créé un manque en nous. Si nos tentatives de palier à ce manque sont vaines, cette carence se transforme en blessure. Nous passons d’un ‘moi carencé’ à ce que Malmasson appelle un ‘moi blessé’.

Exemple : fils d’une mère-adolescente, le jeune homme grandira en étant mis de côté par sa mère, et expérimente un manque d’amour de sa part. Cela créé une blessure de rejet et de mal aimé.

3. Mécanismes de l’ego

3.1 Les stratagèmes 

Les blessures s’impriment littéralement dans nos cellules, créant avec elles un lot de croyances et de peurs liées à la situation qui est à l’origine de la blessure. L’ego tentera le tout pour le tout afin de nous préserver de l’activation de cette blessure, et mettra en place de nouvelles stratégies :

  • des stratégies dites de privation (ego protecteur) : l’ego va rejeter ce besoin et l’interpréter comme non nécessaire. Il tentera de nous en priver.
  • des stratégies dites de compensation (ego sauveur) : nous allons compenser à l’extrême pour éviter l’éveil de la blessure. 

Exemple : en reprenant notre exemple précédent, ce jeune homme pourra être sur-choyant avec toutes les personnes qu’il rencontre, quitte à paraître ‘faux’, pour être sûr d’être aimé (stratégie de compensation, ego sauveur), soit il sera indifférent à tout type de relation pour éviter d’être blessé de nouveau (stratégie dites de privation, ego protecteur).

 

3.1 Les masques ou ‘mini-moi’

Pour éviter d’éveiller la blessure, l’ego a recourt à des masques, ou ce que Malmasson appelle des ‘mini-moi’. Dans l’exemple précédent, les masques que porte ce jeune homme sont : soit le sur-choyant, soit l’indifférent.

Un autre exemple : une jeune fille a grandi sans aucune structure parentale, des parents laxistes qui la laissait faire ce que bon lui semblait. Elle a manqué d’un cadre et son besoin de sécurité en a fortement pâti, elle ne s’est pas sentie protégée, et une blessure s’est ouverte en elle : elle se sent très rapidement inquiète et anxieuse, toujours dans la peur de ce qui pourrait arriver. Elle développera alors un masque soit ‘d’hyper-responsable(stratégie de compensation, ego sauveur), elle prendra les devants pour tout, ne laissant aucune place à l’improvisation, gardant tout son contrôle. Ou bien elle développera un masque, un ‘mini-moi’ ‘d’irresponsable’ (stratégie de privation, ego protecteur) en évitant au maximum de prendre quelconque initiative ou part à un projet, pour être certaine de ne pas faire face à des imprévus qui la rendraient anxieuse et mettraient à mal son besoin de sécurité.

Dans cet exemple, le besoin non comblé est celui de sécurité, la blessure est celle du menacé, et les masques choisis par l’ego pour éviter d’éveiller la blessure sont soient l’hyper-responsable, soit l’irresponsable.

À noter : L’auteure, de par sa grande expérience de thérapeute, a recensé une liste de ses ‘mini-moi’ extrêmement fournie dans son livre. Je vous conseille également le livre ‘Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même‘ de Lise Bourbeau pour détailler le sujet.

Plus les masques se présentent souvent ou intensément, plus la blessure qu’ils essayent de protéger est grande. Sachez également que ces masques sont difficiles à conscientiser par nous-même car, encore une fois, l’ego a pour unique rôle de maintenir votre survie et votre pérennité ! Il n’a donc aucun intérêt à vous faciliter la tâche : mettre en lumière ces ‘mini-moi’ équivaut à mettre en lumière ses stratagèmes de sauvetage ou de protection !

 

3.2 Les excès

Il est important de préciser qu’une personne est rarement cantonnée à un comportement. Bien souvent, l’ego à tendance à jouer dans les extrêmes, jusqu’à arriver à un point de saturation, qui la ferra basculer vers l’autre extrême de ce masque. C’est ce que Malmasson appelle ‘les polarités’.

Exemple : je suis une personne dites naïve. Je crois tout ce qu’on me dit facilement et cela m’a amené plusieurs fois à être trompée, ou que des gens abusent de mon innocence. Un jour, j’apprends qu’un proche ami a joué sur ma naïveté pour s’attirer l’avantage d’une situation. Cette événement de trop me fait arriver à un point de saturation et je deviens méfiante de tout, remettant tout en question, n’accordant plus ma confiance. 

Dans cette exemple, la personne est passée d’un ego protecteur (naïve) à un ego sauveur (méfiante). Il est nécessaire de repérer les points de saturations (souvent amené par un événement pivot) dans votre vie qui vous ont fait basculer d’un excès à l’autre. Ces prises de conscience sont un pas vers la régularisation de l’ego.

 

4. Conclusion

Oui, la régularisation de l’ego semble un objectif plus noble que son éradication. Comme nous avons pu le voir à travers les différents mécanismes de l’ego, ce dernier a pour rôle de nous aider à évoluer dans cette vie tangible comme un être à part entière, un être remarquable. Il veut se reconnecter à la préciosité de notre être, à notre grandeur intérieur, en nous mettant en avant, en nous assurant survie et pérennité. Sa présence, de par sa capacité d’adaptation suite aux blessures de la vie, est nécessaire, à condition qu’il ne prenne pas le contrôle de cette dernière. Sa présence est même indispensable : il nous permet d’exister en tant qu’être. Grâce à cette base, notre âme peut expérimenter en conscience.

Mais si l’ego prend trop le contrôle (ce qui est le cas dans 95% de notre vie), son rôle de gardien de notre survie peut rapidement se transformer en source de notre souffrance : s’il n’est pas régulé, ses excès ont comme conséquence de nous enfermer dans des ‘mini-moi’, des masques, plutôt que de nous aider à nous affranchir de nos douleurs et de nos comportements. L’ego masque la plaie infectée avec un beau pansement, mais ne vous aidera jamais à traiter le problème en profondeur, car cela équivaudrait à réveiller la blessure, ce que l’ego veut éviter à tout prix.

Cerner l’ego est le premier pas vers sa régularisation. Comprendre vos réactions, conscientiser vos blessures, les croyances et les peurs qui en découlent, observer ‘mini-moi’ qui s’éveillent dans une situation, avec telle personne, le pourquoi, le comment, tout ce travail de conscientisation vous sera d’une aide précieuse pour cerner l’ego et vous éviter d’être son pantin.  Cela vous permettra d’agir en conscience, de vous élever et d’entrer en vibration avec votre cœur et votre âme, et non avec les stratagèmes de l’ego. 

Je terminerai par cette phrase de Malory Malmasson qui résume bien, à mon sens, ce qu’est l’ego :

Moi qui le prenais pour un parasite, je prenais conscience qu’il était plutôt une sorte d’ange gardien maladroit, parfois extrémiste. De fait, l’ego était peut-être celui qui se souciait le plus de notre existence […] Il était, au fond, un ami qui veillait à notre incarnation en répondant à nos besoins.

Alors l’ego est-il le mal aimé de la spiritualité ? Je dirai plus qu’il est un allié : grâce à lui nous pouvons conscientiser nos croyances, nos peurs et nos comportements. Le cerner c’est grandir spirituellement. Au lieu de vouloir s’en affranchir (ce qui équivaudrait à nous affranchir de notre existence physique), pensons plutôt à le réguler, afin de lui laisser la place de répondre à nos besoins, mais en conscientisant nos actions pour qu’elles ne soient, non pas influencées par l’ego, mais par la vibration de notre chemin d’âme.

Pour aller plus loin, je ne peux que vous conseiller la lecture de L’art et la manière d’être Soi, ou la formation Ego Detox en ligne ici.

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