Spiritualité & Énergétique

1. Anatomie subtile : les 5 vayus expliqués simplement

254. Les 5 vayus : comprendre ce qui fait circuler l’énergie dans le corps

On connaît tous les chakras. On les a vus sur des affiches, dans des cours de yoga, dans des livres, en sept couleurs bien rangées de la racine à la couronne. Ils sont les stars de l’anatomie subtile, et à juste titre : ce sont les moteurs de l’énergie, ceux qui l’émettent, la reçoivent, la rechargent et la libèrent.

Mais une question reste souvent sans réponse. Quand un chakra donne une impulsion, qu’est-ce qui transporte l’énergie dans le corps ?

La réponse tient en un mot sanskrit : les vayus.

On en parle très peu. Pourtant, sans eux, l’énergie ne circule pas. Et quand l’un d’eux fonctionne mal, on peut chercher longtemps du côté des chakras sans comprendre ce qui coince.

Pourquoi s’intéresser aux vayus maintenant

Dans les soins énergétiques comme en formation, je constate souvent la même chose : on a appris une cartographie (les chakras) sans apprendre le mouvement. Or l’anatomie subtile fonctionne comme le corps physique. Parler d’un organe, c’est forcément parler des tissus qui l’entourent et de ses interactions avec le reste. Travailler les vayus, c’est donc aussi travailler les chakras, et inversement.

Et puis il y a la saison. L’automne est une saison Vata en Ayurveda, et les vayus sont précisément les sous-catégories de Vata. C’est un bon moment pour observer ce qui se passe en soi.

Qu’est-ce qu’un vayu ?

Vayu signifie « vent » en sanskrit. On distingue cinq vayus principaux, dont les noms sont formés autour de la racine an, qui évoque l’idée de respirer, d’énergétiser. Prana, par exemple, associe pra (vers l’avant) et an : respirer, énergétiser vers l’avant.

Selon la tradition, on les lit de deux façons :

  • En yoga, les vayus sont les cinq fonctions du prana, la force vitale. (Oui, l’une de ces fonctions s’appelle aussi Prana, ce qui n’aide pas à faire la distinction.)
  • En Ayurveda, ce sont les cinq sous-catégories de Vata, le dosha constitué de l’air et de l’éther. Logique, puisque Vata est le dosha le plus lié à l’air.

Il existe aussi des vayus secondaires, qu’on laisse de côté ici.

La croix des vayus : une image pour les situer

Pour s’y retrouver, on peut imaginer une croix. Ce n’est pas une représentation fidèle de l’anatomie subtile, seulement un schéma mental pour mieux assimiler.

  • Au centre : Prana Vayu, le plus important
  • En haut : Udana Vayu, qui fait monter l’énergie
  • En bas : Apana Vayu, qui la fait descendre
  • À gauche : Samana Vayu, force centripète qui ramène l’énergie vers le centre (le pouvoir de la digestion)
  • À droite : Vyana Vayu, force centrifuge qui diffuse l’énergie vers la périphérie (le pouvoir du mouvement et de l’expansion)

Les axes s’équilibrent deux à deux : Udana et Apana sur la verticale, Samana et Vyana sur l’horizontale. Prana et Apana, eux, gèrent ensemble ce qui entre dans le corps et ce qui en sort.

L’idéal, c’est que ces cinq forces restent à l’équilibre. Quand l’une prend le dessus ou s’affaiblit, c’est tout Vata qui peut se dérégler.

Prana Vayu, le vent qui entre

Direction : de l’extérieur vers l’intérieur, de la tête vers la poitrine en passant par la gorge.

Sur le plan physique : l’inspiration, la déglutition, mais aussi le hoquet. Il gère l’entrée de l’air, de l’eau, de la nourriture et des nutriments.

Sur le plan subtil : la pensée, la coordination, l’adaptabilité. Il permet de recevoir des impressions, des connaissances, des émotions. Il ne digère pas (c’est le rôle de Samana), il intègre.

Prana est la source des autres vayus et les dirige. Si rien n’est intégré, rien ne peut suivre : Samana n’a rien à digérer. Équilibré, il soutient tout le reste. Déséquilibré, c’est toute la capacité d’intégration qui en pâtit.

La question qu’il pose : qu’est-ce que je laisse entrer dans ma vie ? Nourriture, air, informations, relations.

On le régule notamment par le pranayama. Les voyelles sanskrites de la pratique de Matrika Nyasa, ces semences vibratoires qu’on installe dans le corps et notamment sur le visage, le stimulent aussi.

Udana Vayu, le vent qui monte

Direction : de la poitrine vers la gorge, de l’intérieur vers l’extérieur, par le haut.

Sur le plan physique : l’expiration, la parole, l’émission de sons. Déséquilibré, il peut se manifester par la toux, le hoquet ou les vomissements.

Dans mes soins énergétiques, quand des choses coincées dans le cœur ou le ventre doivent sortir par le haut, je préviens les personnes qu’elles peuvent ressentir ensuite des déglutitions, voire des relents gastriques. C’est Udana qui est à l’œuvre.

Sur le plan subtil : la mémoire, la volonté, la force morale, l’effort. C’est la force qui permet d’affronter les épreuves et d’aller dans le monde. Il oriente nos aspirations et nos valeurs. Certaines lectures yogiques lui attribuent même l’origine des siddhis, les pouvoirs psychiques.

Son chakra : Vishuddha, la gorge, et l’expression de soi.

La question qu’il pose : est-ce que j’arrive à porter ma voix, à me motiver, à extérioriser ? Quand quelqu’un n’arrive pas à chanter, ravale ce qu’il veut dire et sent que « ça reste coincé là », Udana peut avoir du mal à faire monter le mouvement.

Apana Vayu, le vent qui descend

Direction : du côlon et du bassin vers la terre, de l’intérieur vers l’extérieur, par le bas.

Sur le plan physique : toutes les éliminations, les menstruations, l’accouchement, l’éjaculation. En gérant les émonctoires, il soutient selon la lecture yogique le système immunitaire.

C’est lui qui explique un conseil fréquent en cours de yoga : éviter les inversions pendant les règles, pour ne pas contrarier son mouvement descendant. Libre à chacune de le suivre ou non. Personnellement, je n’en fais pas pendant mes règles.

Le gros intestin est le lieu où Vata s’accumule. Rééquilibrer Apana est souvent la première étape quand Vata est déréglé.

Sur le plan subtil : en excès, il peut entraîner une fuite d’énergie par le bas et une tendance à l’épuisement. Équilibré, il donne un corps capable de s’arrêter avant de tomber malade, de s’ancrer, de trouver une assise.

Son chakra : Muladhara, la racine.

La question qu’il pose : est-ce que j’arrive à me délester de ce qui ne me sert plus, à poser mes limites, à m’arrêter ?

Samana Vayu, le vent qui équilibre

Localisation : l’intestin grêle et les organes de la digestion (foie, rate, pancréas, estomac). Sama signifie égal.

Rôle : il équilibre en ramenant l’énergie vers le centre. Il fait le lien entre le haut et le bas du corps, et tourne dans le sens du bol alimentaire, celui des aiguilles d’une montre.

Là où Prana intègre, Samana assimile. Il est directement relié à Agni, le feu intérieur. Pour se le représenter, on peut penser à un foyer : un feu qui déborde de la cheminée et brûle, un feu maîtrisé, ou quelques braises qui peinent à repartir.

Quand il est déséquilibré : difficulté à digérer, sur le plan physique comme émotionnel, manque d’appétit ou excès d’appétit. Et l’appétit, ici, peut aussi être l’appétit de la vie : une forme d’apathie peut signaler un Agni affaibli.

Sur le plan subtil : la digestion des émotions et des expériences. Équilibré, il apporte une forme de paix dans la façon de gérer ce qui se passe en nous et autour de nous.

Son chakra : Manipura, le plexus solaire.

La question qu’il pose : qu’est-ce que je n’ai pas encore digéré ?

Vyana Vayu, le vent qui se diffuse

Rôle : vyana vient de l’idée de séparer, se répandre. À l’inverse de Samana, il distribue l’énergie d’un point vers sa périphérie, dans tout le corps. Il est centré plutôt vers le cœur.

Sur le plan physique : circulation sanguine et lymphatique, mouvements des articulations, impulsions nerveuses, hormones. C’est le plus fluide des vayus. Équilibré, il rend le mouvement et l’effort physique faciles.

Quand il est trop faible : manque de coordination, difficulté à se mettre en mouvement, manque d’énergie dans les jambes ou les extrémités.

Quand il est trop fort : une énergie dispersée, qui part dans tous les sens.

Sur le plan subtil : il transporte tout ce qui est absorbé (sensations, émotions, pensées) là où le corps en a besoin. C’est le transporteur.

Je le relie personnellement à Svadhisthana, le chakra sacré, parce qu’il parle d’énergie vitale.

La question qu’il pose : est-ce que mon énergie circule, ou est-ce que je me disperse ?

Pour aller plus loin : l’axe Udana Apana

Sur l’axe vertical, deux forces nous font grandir de façons opposées.

Udana nous élève : il nous aide à faire confiance à la vie, à évoluer. Il est associé à la conscience individuelle, le « je » dans le monde.

Apana nous ramène vers le bas. Certains l’associent à l’égoïsme. J’y vois plutôt une forme d’introspection, un retour vers nos profondeurs, vers ce qui est caché et pas encore révélé. Prana, lui, est relié à la conscience universelle.

Il ne s’agit pas de faire d’Apana le méchant de l’histoire : sans lui, pas d’élimination, pas d’ancrage. Comme pour chaque vayu, le problème n’est jamais le vent lui-même, mais son déséquilibre.

Autre cartographie possible, que certaines personnes utilisent : associer les vayus aux phases de la respiration. Prana à l’inspiration, Samana au début de la rétention poumons pleins, Vyana au moment suspendu juste avant d’expirer, Udana à l’expiration, Apana à la fin de l’expiration.

En résumé

  • Prana reçoit et intègre
  • Udana fait monter l’énergie et l’exprime
  • Apana la fait descendre et la libère
  • Samana la ramène vers le centre et la digère
  • Vyana la fait circuler et la diffuse

Les chakras restent essentiels, mais ils ne racontent qu’une partie de l’histoire. Les vayus permettent de lire le mouvement, et souvent de comprendre pourquoi quelque chose ne passe pas.

Une question à garder avec soi cette semaine : lequel de ces cinq vents est le plus actif chez moi en ce moment ? En automne, saison Vata, Apana a souvent beaucoup à faire.

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