Le Tarot e(s)t la Vie : rencontre avec l’enseignement des cartes, avec Calista Bellini
Le voyage initiatique du Mât : ce que le Tarot de Marseille raconte de notre propre chemin
On dit souvent du tarot qu’il regorge d’enseignements qu’il faut venir rencontrer. Mais concrètement, quels sont ces enseignements, et comment se logent-ils dans un jeu de 22 arcanes majeurs ? Pour en parler, j’ai reçu Calista, tarologue et coach alchimiste, qui vient de publier un livre entier consacré à un seul arcane du Tarot de Marseille : le Mât.
Pourquoi s’intéresser au Mât en particulier
Dans le Tarot de Marseille, le Mât est le seul arcane sans numéro. Il n’ouvre pas la série et il ne la ferme pas non plus, du moins pas de façon évidente. Calista explique qu’on peut le lire comme le 0 et comme le 22 à la fois : il est le début et la fin, l’entrée et la sortie, le voyage lui-même.
Cette absence de numéro n’est pas un détail technique. Elle dit quelque chose d’essentiel sur ce que représente cet arcane : le Mât traverse les 21 autres lames du jeu, il les rencontre une à une, et à chaque rencontre, il se transforme. Il ne se contente pas de les observer. Il les incarne, en tire une expérience, et poursuit sa route un peu différent qu’avant.
Calista résume ça simplement : on croit lire le Mât dans un tirage, mais en réalité, on lit son propre parcours. Le Mât, c’est nous, avancant sans connaître la destination, avec nos peurs et notre bagage.
Un outil né dans les routes du Moyen Âge
Pour comprendre le tarot, Calista propose de remonter à son origine, en Europe du Moyen Âge. À cette époque, le pèlerinage était perçu comme un chemin de guérison. On appelait le voyageur l’homo viator, l’homme en voyage, et on pensait que quitter sa sécurité, sa famille et ses habitudes pouvait ouvrir un vrai processus de transformation intérieure.
Le Mât porte cette symbolique du pèlerin : la sacoche sur l’épaule, le bâton, le chien à ses côtés. Il représente l’existence comme un voyage initiatique vers la connaissance de soi, une idée qui traverse l’histoire du tarot depuis ses débuts.
Le symbole, un langage qui traverse les cultures
Calista revient aussi sur ce qui rend le tarot si dense : le symbole. Au Moyen Âge, l’image tenait une place particulière. Dans les livres alchimiques et hermétiques de l’époque, comme dans les peintures des chapelles, l’image servait à activer l’imaginaire, à réveiller des archétypes que l’inconscient portait déjà.
Le symbole, rappelle Calista, n’est jamais figé. Elle prend l’exemple de l’œuf cosmique, qui représente l’idée de création et de gestation, quelque chose qui est en train de naître. Dans une autre version du tarot, on ne retrouvera peut-être pas un œuf, mais une sphère, un fruit ou un bourgeon de fleur, qui porte exactement la même idée. C’est cette capacité du symbole à changer de forme tout en gardant son sens qui explique, selon elle, pourquoi le tarot a pu traverser autant d’époques et de cultures, depuis les hiéroglyphes égyptiens jusqu’aux versions modernes du Tarot de Marseille.
Elle donne un autre exemple, plus discret, dans l’arcane du Bateleur : sur sa table sont posés trois dés. En additionnant les faces visibles de ces trois dés, on obtient 21, le nombre total d’arcanes numérotés. Le début du voyage annonce déjà sa fin.
La rencontre avec le Pendu : quand tout se bloque
Parmi toutes les rencontres du Mât, celle avec le Pendu occupe une place particulière dans la conversation. Calista décrit ce moment où tout semble à l’arrêt : on sait ce qui serait bon pour nous, on sait ce qu’on devrait faire, et pourtant rien n’avance, malgré tout ce qu’on met en œuvre.
C’est dans ce blocage, dit-elle, que se joue une introspection profonde. Pas une introspection qu’on décide un matin, mais une introspection qui s’impose, souvent parce qu’on se retrouve dans l’incapacité de continuer comme avant. Et progressivement, sans qu’on s’en rende compte, la perception de la situation s’inverse. On découvre, dans l’ombre la plus dense, une force qu’on ne soupçonnait pas.
Après cette rencontre, précise Calista, le Mât n’est plus jamais tout à fait le même. Vient ensuite l’arcane 13, celui de l’élimination, où il met en pratique ce qu’il a compris pendant son introspection, avant de rencontrer Tempérance un peu plus loin sur son chemin.
Le tarot comme miroir des trois temps
Une idée revient plusieurs fois dans l’échange, et elle mérite d’être détaillée : le tarot n’est pas qu’un outil tourné vers l’avenir. Calista parle d’un miroir quantique. Avec le même tirage, les mêmes cartes permettent de lire le passé, le présent et le futur.
Concrètement, un tirage peut aussi bien remonter à l’origine d’un trauma ancien, décrire ce que la personne vit au moment précis où elle tire les cartes, que dessiner une tendance pour la suite. Le temps, dans le tarot, n’est pas linéaire. Il se déploie plutôt en spirale.
C’est cette dimension qui intéresse particulièrement Calista dans son travail de coaching alchimique : partir d’un blocage présent, remonter à son origine dans le passé, souvent bien plus vite qu’un long parcours psychanalytique, puis transmuter cette origine pour ouvrir une autre trajectoire pour la suite.
Le vide, là où la transformation a lieu
Un autre passage de la conversation éclaire comment Calista comprend le processus de guérison lui-même. Elle prend l’image du jeûne : quand on jeûne, les cellules du corps entrent en autophagie, elles éliminent d’elles-mêmes ce qui ne sert plus, sans qu’on ait besoin de leur dire comment faire. Pour elle, c’est le même principe qui est à l’œuvre dans une transformation intérieure : c’est dans le vide, dans l’espace qu’on laisse en éliminant le superflu, que la guérison peut se déployer.
Elle raconte à ce sujet une anecdote vécue lors d’une conférence avec une chamane péruvienne. Au début de son apprentissage, cette chamane assistait, dans le public, à l’enseignement d’un maître chaman. Il s’est arrêté au milieu de son discours, l’a reconnue, et lui a demandé de monter elle-même l’autel de la cérémonie, alors qu’elle ne savait absolument pas comment procéder. Il lui a simplement dit de fermer les yeux et de se souvenir. Et en fermant les yeux, dans cet espace de vide intérieur, elle a su, sans qu’on le lui ait jamais appris, placer chaque objet au bon endroit.
Pour Calista, le Mât apprend de la même manière : non pas au moment où il rencontre un arcane, mais dans l’espace entre deux arcanes, quand il ouvre sa sacoche et se souvient de ce qu’il sait déjà.
Ce que porte la sacoche du Mât
Le Mât ne part pas les mains vides. Dès sa première rencontre avec le Bateleur, il a déjà sa sacoche sur l’épaule. Calista y voit une image du transgénérationnel et du karmique : ce qu’on porte ne se limite pas à nos propres expériences vécues. On y trouve aussi ce qui vient de nos vies antérieures, de nos ancêtres, de nos dettes karmiques, de nos blessures d’âme.
Le parcours du Mât consiste alors à s’arrêter régulièrement, à ouvrir cette sacoche, et à trier : garder ce qui sert encore, se délester de ce qui ne sert plus. Chaque tri allège le voyage.
Une soustraction, pas une addition
On pourrait croire que le Mât accumule les connaissances au fil de ses rencontres. Calista propose l’inverse : plus il avance, moins il porte. Il ne s’ajoute rien, il s’épluche, un peu comme un oignon, pour arriver à l’essentiel.
Ce qu’il retire en chemin, ce sont les conditionnements reçus de ses parents, les attentes de la société, les illusions qu’il a longtemps prises pour des vérités. Beaucoup de personnes, dit Calista, passent des années à vouloir réaliser quelque chose qui ne leur correspond pas vraiment, jusqu’à ce que tout s’écroule et laisse apparaître ce qui était là depuis le début.
L’arcane qui a le plus mis Calista en difficulté
Interrogée sur l’arcane avec lequel elle a personnellement le plus de mal, Calista répond sans hésiter : la Justice. Elle explique que ce sont souvent ces arcanes-là, ceux qui nous résistent, qui indiquent où se trouvent nos blocages émotionnels les plus profonds.
Pour elle, le travail a consisté à comprendre que l’ombre n’a pas à disparaître : c’est elle qui rend la lumière possible. Elle prend l’image d’une flamme, qui n’a pas d’ombre parce qu’elle rayonne. L’idée n’est donc pas de chercher la lumière à l’extérieur, mais de la générer soi-même.
Ce que le tarot lui a appris, au final
En fin de conversation, Calista résume ce que son parcours avec le tarot lui a enseigné jusqu’ici : avancer en fonction de ce qu’on ne veut pas, plutôt qu’en fonction de ce qu’on veut. Quand on avance uniquement vers ce qu’on désire, on risque de s’illusionner sur la réalité de ce qu’on a en face de soi. En pratiquant l’inversion, en observant clairement ce qui ne nous correspond pas, on laisse naturellement apparaître ce qui compte vraiment, souvent plus vite qu’on ne l’imagine.
Ressources mentionnées dans cet épisode
- Le livre de Calista, « Le Voyage initiatique du Mât » : https://amzn.eu/d/04zy0NzP
- Le site de Calista : https://www.calistabellini.com/
- Accéder aux formations gratuites Manipura : https://spiritualite-et-yoga.com/ressources/
- Participer au podcast : https://linktr.ee/manipura.podcast





















